14.02.2007

Les engagements seront tenus

medium_Segovillepinte4.jpgRépondant en creux aux attaques de la droite sur le financement des cent propositions de son "pacte présidentiel", Ségolène Royal a assuré mardi que ses "promesses seront tenues", affichant sa "capacité" à relancer la croissance économique, à faire des "économies" et à dégager des "marges de manoeuvre" par un projet "cohérent".

"Les promesses seront tenues, parce que je revendique la capacité à relancer le développement économique et à dégager des marges de manoeuvre, grâce à des économies", s'est défendue la candidate du PS lors d'un cocktail avec les parlementaires socialistes et radicaux de gauche au siège du PS. Le programme met "d'abord en avant la relance de la croissance économique" et "l'efficacité de la dépense publique".

Quelques minutes plus tôt, lors de la réunion à huis clos de son conseil politique, Ségolène Royal avait invité les troupes socialistes à ne pas se laisser enfermer par la droite dans le piège d'un débat sur le financement de son projet. "La bataille est politique et on ne va pas se laisser enfermer dans une manipulation sur le chiffrage", a confirmé à l'issue le chef des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault.

Lors de la rencontre qui a suivi avec les élus de gauche, la candidate socialiste a fait valoir que la réforme de l'Etat et la "nouvelle phase de régionalisation" qu'elle préconise permettraient "de faire un certain nombre d'économies sur la dépense publique". "Je vais faire des économies sur le train de vie de l'Etat" en faisant en sorte "que les dépenses soient rapprochées du terrain", a-t-elle expliqué.

Mais Ségolène Royal compte aussi sur les PME. "Je vais faire de la performance économique en poussant les moyennes entreprises, en particulier celles qui créent des emplois, à embaucher des jeunes", a-t-elle poursuivi. "C'est cette confiance-là que je vais leur redonner pour dégager des marges de manoeuvre qui me permettront de faire les réformes dont la société française a besoin pour la débloquer".

L'occasion de balayer d'un revers de main les sondages en berne. "La politique est faite d'étapes. Il faut aborder ces étapes avec beaucoup de sérénité et de force intérieure", a-t-elle relativisé. "Je sens qu'un nouveau souffle se lève après cette journée du 11" février.

"Ce que je propose au pays, ce sont des cercles vertueux, à l'opposé d'un projet qui oppose les Français les uns contre les autres, qui dresse les catégories les unes contre les autres", a-t-elle lancé à l'attention de son adversaire de l'UMP Nicolas Sarkozy, affichant sa volonté de sortir la France "de cette espèce de déprime collective". Face à cela, a-t-elle dit, le "pacte présidentiel" est "un projet cohérent, une vision de la France, un regard optimiste sur l'avenir".

"Je compte sur vous", a-t-elle lancé aux parlementaires PS et PRG, en les chargeant d'assurer le service après-vente de son programme sur le terrain. "Saisissez-vous de ce pacte. Engagez avec tous les concitoyens, d'où qu'ils viennent, ce débat". "Tu as tracé la voie", l'a félicitée François Hollande, général en chef des troupes socialistes, "tous les socialistes seront derrière toi!"

Source : AP

Eric Besson, député de la Drôme, est secrétaire national du parti socialiste chargé des questions économiques.

Il détaille le chiffrage du «Pacte présidentiel» de 100 propositions annoncé par Ségolène Royal. Et réfute toute surenchère illusoire pour en souligner le côté réalisable. Dimanche, dès le début de son intervention, la candidate avait fixé un cap de stabilisation de la dette publique, tout en annonçant une relance de la consommation via l'augmentation du Smic ou des «petites pensions» de 5 % dès le mois de juin. Ségolène Royal a également promis un effort en direction des jeunes, avec la création de 500 000 «emplois tremplin», et davantage de moyens pour l'éducation, notamment à travers la limitation du nombre d'élèves par classe. Et la candidate annonce aussi un «doublement du budget de la justice». Autant de mesures qui supposent des créations de postes de fonctionnaires. Le PS affirme que toutes les futures dépenses ainsi annoncées sont budgétées et strictement encadrées et annonce ne pas craindre le débat frontal sur cette question du financement.

Quelle est la philosophie de la politique de dépense publique défendue par Ségolène Royal ?

Le pacte présidentiel de Ségolène Royal réconcilie la «gauche moderne» ­ qui mise sur la production de richesse, sur le développement des entreprises et l'innovation pour relancer le pays ­ avec la gauche fidèle à ses valeurs traditionnelles, que sont les revenus du travail, le pouvoir d'achat et l'amélioration de la vie quotidienne des Français. Notre modèle s'inspire des pays scandinaves. Il s'agit aussi de rebâtir un équilibre entre les droits et les devoirs des citoyens. Nous allons créer de nouvelles allocations, comme celle d'autonomie pour les jeunes, mais, en contrepartie, ces jeunes devront s'engager à donner de leur temps puis à s'insérer par le travail.

La candidate a pris un engagement fort en matière de limitation de la dette publique. C'est assez inédit.

Nous avons travaillé, depuis la présentation du projet socialiste le 1er juillet dernier, dans un cadre financier très contraint. D'une part, nous nous engageons à ne pas augmenter durant le quinquennat le taux des prélèvements obligatoires. D'autre part, nous fondons nos prévisions sur un objectif de croissance de 2,5 % en moyenne sur les cinq ans. Ce qui dégage entre 31 milliards et 35 milliards d'euros net pour financer des dépenses nouvelles.

Ces 35 milliards seront-ils suffisants pour financer les 100 mesures du Pacte présidentiel présenté par Ségolène Royal ?

Oui, parce qu'un gros effort sera fait en matière de redéploiement de certaines dépenses et d'économies. Ainsi, le droit au premier emploi sera financé en partie par une réaffectation des moyens alloués à l'apprentissage. La question de la sécurité sociale professionnelle, qui devrait permettre à un salarié licencié de toucher 90 % de son salaire pendant sa période de formation devra, par la négociation, mieux utiliser les fonds de la formation professionnelle. La hausse des petites retraites, dès juin 2007, dépendra aussi en partie de la décision des partenaires sociaux. Mais l'Etat peut agir par le biais du minimum vieillesse.

La droite vous accuse de relancer la dépense publique.

Nous n'avons pas de leçon à recevoir de l'UMP. En cinq ans, la droite a augmenté les prélèvements obligatoires d'un point. La dette s'est alourdie de 300 milliards d'euros, et le déficit du commerce extérieur flirte avec les 30 milliards d'euros. Nous, nous prenons des engagements clairs, notre chiffrage sera actualisé dans les jours à venir. Et nous sommes prêts à confronter nos chiffres à ceux de l'UMP sous le contrôle d'experts indépendants. Nous n'avons pas la légèreté de Nicolas Sarkozy qui abandonne 17 milliards de cotisations sociales d'un coup lundi dernier, annonce vouloir baisser les prélèvements obligatoires de 4 points en cinq ans, pour annoncer finalement que cette baisse se ferait plutôt sur dix ans.

Et si la croissance n'est pas au rendez-vous ?

Dans ce cas, nous serons conduits à réduire la voilure des dépenses et à concentrer nos efforts sur les dépenses d'avenir. Nous avons une vraie stratégie de croissance par le financement de la recherche, des universités, de la formation, de ce qu'on appelle l'économie de la connaissance. Et cette croissance sera aussi soutenue par notre relance du pouvoir d'achat des plus modestes. C'est une exigence sociale mais aussi un élément important pour relancer la machine économique.

Muriel GREMILLET / Libération


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